Depuis quelques années, une pratique très désobligeante pour les clients a été instaurée par les dirigeants de certaines chaînes de grandes surfaces commerciales : elle consiste à obliger les caissiers à vérifier que vous avez vraiment vidé complètement votre sac ou votre caddie quand vous passez en caisse ; autrement dit, le client est tenu de prouver qu’il n’a rien subtilisé au moment de payer. On aurait envie d’inviter à déjeuner chez soi un de ces dirigeants et de l’obliger à vider ses poches au moment de partir de façon à vérifier qu’il ne vous pas volé quelques bibelots.

Le client est roi : c’est un adage qui a pris naissance juste après la fin de la seconde guerre mondiale. Pendant l’occupation, le client était un mauvais intrus qui venait troubler les commerçants avec ses tickets d’alimentation ; ce n’était qu’un maudit clochard toujours en quête de nourriture. La paix revenue, et l’abondance ayant refait surface, le clochard est vite devenu un prince que le commerce se mit à vénérer.

Nous ne sommes plus à cette époque dramatique où il fallait faire montre d’humilité pour avoir le droit de subsister. Nous ne sommes plus en ce temps mélodieux où le client avait été recouvert de la couronne royale. Alors ! Comment expliquer cette attitude plus que désobligeante, et de surcroît illégale car seuls des agents de police ou des douanes peuvent agir ainsi, de certains commerçants à l’égard de ceux qui les font vivre ?

Les grandes surfaces rutilent de caméras et sont encombrées de vigiles. Leurs chiffres d’affaires bénéficient d’une substantielle déduction fiscale pour vols et pertes. Que leur faut-il de plus ? Probablement un peu plus de respect pour autrui. Qu’on se le dise : le roi est mort, vive le roi !